2 poutines en Asie

2 poutines en Asie
Il était une fois Poutine et Poutinette...

mercredi 2 novembre 2011

Le marathon du stress

Kuala Lumpur, Malaisie

18h49. Je viens tout juste de vous publier mon dernier texte. J’ai le cœur plus léger (merci encore), mais l’esprit ailleurs… Nous commençons à être nerveux. Notre avion pour le Bangladesh est prévu pour 22h20. Allo nervosité… One, two… nervosité ?! - ''Présente !''.
Poutinette me fait des gros yeux en me pointant l’horloge et m’ordonne de sauter dans la douche au plus sacrant !
- Lâche ton blogue, pis saute dans la douche !

18h58. Nerveusement propre, sous la supervision d’Anik (elle me supervise toujours quand elle veut éviter que je tourne en rond), je fais les derniers préparatifs de mon paksac. Évidement, elle, elle est prête depuis hier…

On court jusqu’à l’arrêt d’autobus qui nous mènera à l’aéroport. Misère ! Elle quitte sous nos yeux. L’employé nous indique que le prochain sera à 20h15. On stresse. Il dit ensuite que si on est chanceux, on sera à l’aéroport vers 21h10 et un peu moins chanceux, 21h30. On capote. Je sais pas pourquoi, mais le Bangladesh est le pays qui nous effraye le plus depuis le début. Cela fait deux nuits que vos deux poutines ne dorment pas super bien. Certes, le Myanmar nous avait apporté sa part de stress. Cependant, rien de tel que ce fameux Bangladesh que je convoite depuis les premiers jours de ce périple. S’il fallait en plus que nous manquions notre vol pour celui-ci.
- Au pire, on arrive à neuf et demi. Pis ils ne partiront jamais sans nous autres. Nos vols en Asie sont toujours retardés en plus ! dit une Anik assurée, mais sans plus.
- Je vais faire confiance à ton flaire, car si c’était juste de moi je prendrais un taxi. Il faudrait pas manqué mon précieux Bangladesh !
- Trop cher un taxi ! Un bus, 2$ et un taxi, 45$
- Ouin…  

Au même moment, comme un vautour attendant l’affaissement de ses proies, un chauffeur de taxi saute sur l’occasion pour nous offrir son aide :
- Seulement 45 dollars… pour un blanc, ce n’est pas cher !
On a entendu cet argument des centaines de fois auparavant. On n’est plus capable de l’entendre…
- Non merci Monsieur, on va tenter le bus tout de même. 
- En tous cas, j’ai déjà vu des touristes manquer l'avion pour économiser de l’argent. Un taxi coûte moins cher qu’un nouveau vol.

Le doute refait surface. Poutinette et moi s’échangeons des regards. Elle fronce les sourcils. Je fronce les sourcils. Elle s’écarquille les yeux. Je plisse les miens. Elle hausse les épaules. Je hoche la tête. Tous les deux en même temps : ''NON, au-to-bus ! Merci''. Rejeté, le vautour disparaît dans la brume dégagée par les égouts souillés de Kuala Lumpur.

20h15. Le bus arrête devant nous. On embarque. Un stress de moins…

21h21. Toujours sur la route. Malheur ! L’employé de bus avait raison. En espérant que le foutu chauffeur de taxi n’avait pas raison lui. Je ronge mon banc. Sur un ton apaisant Anik me dit : ''Stresses pas, on va y arriver''.
- Mon père m’a toujours dit qu’un peu de stress était bon ok !
- Ben, stresses d’abord! Et continues de grignoter ta banquette… dit sèchement Poutinette.

21h28. Tabar#$%&* ! On arrive enfin. Il reste 50 minutes avant le grand départ. Dans l’aéroport, comme deux demeurés, on court dans tous les sens. Je lâche des petits cris de surexcitement de temps à autre. On a l’impression d’être au cœur du film Maman j’ai raté l’avion. Poutinette saute par-dessus une valise égarée. Je spine sur un bout de plancher mouillé. À la course, on interpelle une préposée pour connaître la direction à prendre pour le vol bangladais. Intriguée et hésitante, elle nous pointe le bon chemin.
- Dernier appel pour le vol OPC911, Malaysia Airlines, Bangladesh ! crache l’intercom défectueux.
- Haaaaaaaaaaaaaa…

21h42. Voilà notre bureau d’embarquement. Pas de file d’attente, évidement, on est les derniers. Surpris, l’employé nous dit qu’ici c’est le comptoir direction Dhaka. ''Oui, oui, on sait. C’est pour cette raison que nous sommes là !'' dis-je.
- Vous volez vers Dhaka? Pour quelle raison?!?! dit-il, médusé.
- Pour tourisme monsieur ! Sûrement pas pour business… que je réponds le souffle court.
Habituellement, se sont les douaniers qui posent ce genre de question. Sont-ils à ce point surpris de voir deux touristes aller au Bangladesh?!
- Bon vol et… bonne chance ! nous reprend-il, le sourire en coin, avant de nous redonner nos billets. Puis il ferme la lumière de son comptoir. Wow !! Il était moins une.

22h09. Tels deux marathoniens, on franchit la porte d’embarcation de l’avion après avoir semé le doute encore une fois à la douane au sujet de Dhaka… Nos quelques lectures à propos du Bangladesh nous prévenaient à propos des futurs regards par dizaines qui pèseront sur nous dans ce pays oublié des touristes. Dans la file d’embarcation, déjà, les passagers nous observent ''subtilement''. On entre dans l’avion. Presque seules les hôtesses de l’air ne nous fixent pas. Tous observent nos différences. Nous, on observe leur moustache… Dans l’allée qui mène à notre siège, un homme vêtu comme un maharaja croulant sous une pile de bijoux dorés nous filme avec son magnétoscope. Yeah baby, c’est parti ! On s’assoie. À peine trois minutes s’écoulent avant que notre voisin Bangladais nous demande d’où nous venons et pourquoi on a choisi son pays. Une dizaine de têtes à l’écoute dépassent de l’allée. Le voisin arrière se joint à la conversation, puis celui d’en avant, deux rangées plus loin. On n’est même pas encore rendu que déjà les attroupements commencent. C’est spécial, pas désagréable ni malaisant, mais spécial.

22h20. L’avion s'envole et nos inquiétudes aussi. En cours de vol, notre voisin nous donnera sa carte de visite ainsi qu’une invitation à le visiter lui et sa famille. Presque chaque passager se dirigeant à la toilette s’arrête pour nous souhaiter la bienvenue et me serrer la pince qui, soit dit en passant, ne s’arrête que quand la discussion est terminée. Notre stress se dissipe peu à peu. Je sais que ce n’est que fabulation, mais c’est comme si tous les passagers Bengalais avaient décelé notre inquiétude et qu’ils s’étaient fait un cocus afin de nous rassurer chacun leur tour.  

Dhaka, Bangladesh

Quatre heures plus tard, les trains d’atterrissage touchent ce pays le plus densément peuplé de la planète (environ 1000 habitants au kilomètre carré). On essaie difficilement de se frayer un chemin à travers toutes les moustaches pour sortir de l’avion. Encore fébrile, on approche le bureau de douane en espérant recevoir un visa d’un mois. Par contre, le douanier ne veut que nous octroyer un petit 15 jours de visite. On argumente et on lui lance des fleurs. Sa moustache se dresse. D’une oscillation gauche droite de la tête qui caractérise bien cette partie du globe ''BANG !!'', il étampe 30 jours. Un dernier hochement de tête et il nous remet nos passeports. Voilà le décompte est lancé. Les portes du Bengale s’ouvrent à nous. À peine le pied déposer à l’extérieur de l’aéroport qu’un nuage de poussière nous fouette. Une odeur particulière nous monte au nez. Ça sent le Bangladesh. C’est peut-être un bien petit pas pour vous, mais un pas de géant pour nous.

À suivre…

Moustachement
Anik et Mathieu


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