2 poutines en Asie

2 poutines en Asie
Il était une fois Poutine et Poutinette...

vendredi 25 novembre 2011

Dans la tête de...


Pendant que des vagues de froid commencent doucement à s’abattre sur le Québec, que le vert se change en blanc, que le Canadiens tente de remonter la pente abrupte du classement ou que le PQ espère toujours retrouver leur identité.  À quelques 12 000 kilomètres à l’est de votre point de lecture, deux poutines ''made in Québec'' se déplacent lentement sur un chemin déchiré entre poussière et bitume. Après avoir traversé en auto-stop l’île de Java en Indonésie, il y a de cela tout près de quatre mois, Poutine et Poutinette se sont donnés le défi de sillonner les routes du Bangladesh à la marche et sur le pouce. Si on allait voir de plus près ce qu’il se passe. Fermez les yeux. Oubliez le froid qui fige tout mouvement. Transformez les flocons en grain de sable. Ouvrez les yeux…

Quelque part sur une route du Bangladesh…

Un soleil rougeoyant s’occupe à chauffer et brûler tout ce qui ose le défier. Seuls quelques chiens errants n’ayant rien à perdre tentent le coup. La route à l’horizon liquéfiée par la chaleur semble vouloir se fondre au ciel. Au loin, deux silhouettes grouillent. Les voilà…


Les pas de vos deux héros battent le sol depuis maintenant tout près de deux heures et demie. La douleur des talons, les klaxons à répétition et les odeurs de diesel ne dérangent plus leurs sens. La charge de leur sac commence à peser lourd et leur réserve d’eau s’assèche de plus en plus. Allons écouter entre leurs deux oreilles ce qu’il se pense…

Dans la tête de Poutinette :

''Ça fait rire les oiseaux, ça fait chanter les abeilles!!! Ça chasse les nuages et fait briller le soleil !!!… Maudite tune qui reste pognée dans la tête! Merci à la ''Compagnie Créole'' de toujours me soutenir dans les moments de longueur. Je me demande ça fait combien de temps qu’on marche ? Me semble que c’est du pareille au même depuis deux jours. Ah! Un autre serpent écrasé sur le bord de la route. Je me demande si mes parents pensent à moi présentement.
Revoilà des enfants. Encore des enfants qui s’amusent avec un rien; un pneu et un bâton ou une bouteille de plastique au bout d’une ficelle. S’il y a bien quelque chose que je vais ramener de ce voyage, c’est leurs sourires infatigables… Il me semble que ça fait longtemps que j’ai pas pitonné ''1 minute trente secondes'' sur un micro-onde.

Quand je repense au petit gars qui m’a proposé de porter mon sac et que je lui ai mimé que ce serait bien trop lourd pour lui. Trop cute ! Il m’a répondu tellement naïvement et spontanément qu’il ne le porterait pas sur son dos, mais sur sa tête… Pourquoi il traîne de la patte aujourd’hui, lui ? Encore en train de trop penser.''


Dans la tête de Poutine :

Younus Hommad, 32 ans,
capitaine de l'équipe
de criquet de Dhaka
''Est-ce que depuis que je suis parti, quelqu’un à qui je pensais pensait à moi en même temps, à la seconde près? Si oui, est-ce que se sont mes oreilles ou les siennes qui vont siller?  Ho shit ! Le squelette d’une vache en décomposition… Heuuuurk. L’odeur qui vient avec aussi. Wow ! Cet homme là doit avoir dépassé sa liberté 55 depuis au moins 30 ans et il laboure encore son champ avec un buffle… incroyable ! Bizarrement, en Asie du Sud-est, les gens avaient tous l’air plus jeune que ce qu’ils étaient en réalité. Ici, c’est le contraire; les jeunes de 17-18 ans semblent avoir 25 ans et un homme dans la soixantaine fait au minimum 341-342 ans… Par contre, peu importe où nous sommes en Asie, les banlieues sont toujours les mêmes; petits villages établis le long d’une route, champs de riz, routes désertes. Des fois, ça va même jusqu’à ressembler au Québec. Seuls les types d’habitations changent  et la qualité des infrastructures. Hummm. Cette Bangladeshie là est assez ''cute'' merci… Hoouuu, celle-là a eu moins de chance par contre… Pourquoi il me regarde comme ça lui? Peut-être me trouve-t-il bizarre de voyager à pieds? Et bien mon vieux, dis-toi que moi ce que je trouve bizarre c’est de te voir conduire ta moto à une main pendant que l’autre est occupée à tenir quatre morceaux de bambous de trois mètres de long. Une fois de plus, tout est relatif… Regarde-là donc elle, au loin, marcher comme une forcenée. Elle marche plus vite que moi. Je suis quand même chanceux d’avoir une blonde qui me suit dans un trip comme ça. Je me demande à quoi elle peut bien penser pour rouler en débile ?''


Dans la tête de Poutinette :

''Whoooo Hoooooo ! Rire les oiseaux !!! C’est quand même cocasse que leurs animaux de compagnie, ici, soient des chèvres. Je me demande s’ils les appellent Fido ? Bon, on a encore failli causer un accident parce que le conducteur avait le fixe sur nous autres. Hihihihi ! Ça arrive tellement souvent. Le monde nous disait que ce n’était pas sécuritaire pour nous de marcher ici, je dirais plutôt que ce n’était pas sécuritaire pour eux que l’on marche sur leurs routes…
Haaaaa, c’est ici qu’elles sont les femmes, depuis le temps qu’on les cherchait. Elles attendent toutes pour le riz… J’ai tellement de poussière dans la bouche, quand je la ferme ça fait ''crouch, crouch !''. Tabarouette ! C’est fou comment il est chargé ce dix roues là. Ils ont mis des chèvres sur le toit en plus… Pauvres p’tites chèvres qui ballottent d’un bord pis de l’autre... C’est étrange, pendant que je marche au gros soleil sec, j’ai l’impression que je ne suis pas seule et que tout le monde est avec moi. Comme s’ils m’écoutaient. C’est bizarre comme feeling… Je me demande toujours si on devrait leur dire que notre date de retour est prévue pour le…’’


Bip ! BIIPP !!! BIP !! Biiiiiiiippppppppp… (Klaxon de camion)

Dans la tête de Poutine :

''MAUDIT MALADE !! Un autre qui a failli nous lutter parce qu’il était hypnotisé par les mollets découverts d’Anik… Bon, je pensais à quoi déjà moé ?!?! Ouin, j’ai un numéro deux qui pousse intense. Avec la quantité de lentilles et pois chiches que je mange, c’est juste normal dans le fond ! J’espère que je n’aurai pas oublié comment me servir du papier de toilette en revenant. Quand je pense qu’il y a 11 mois, ce voyage était un projet sur le point de se réaliser et que maintenant on a fait plus du deux tiers. Mon ennemi depuis toujours; le temps. Tout comme tantôt, je pensais à notre retour et il suffirait d’un simple clignement d’œil, ''Pouf !'' pour que le Bangladesh soit derrière et que je sois à la maison avec le monde qui me manque… Maudit temps ! Je pense que la marche est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour le combattre. Tout semble plus lent. Les paysages défilent plus lentement. Les journées sont plus longues. La transition entre le matin, l’avant-midi, le midi, l’après-midi et la soirée semble une éternité. Wow ! Y fait chaud aujourd’hui! J’aimerais être en hiver, je voudrais de la neige… C’est simple. J’aimerais être un dimanche matin en bobette et en bas de laine recouvert d’une couverture. Sentir l’air froid passer sous les plis. Entendre des pucks claquer sur les bandes de patinoire. Sti que je boirais une bière frette avec une game du Canadiens pis des chums. Haaaa du hockey… Mes genoux me font souffrir. Je pense qu’on a assez marché aujourd’hui. C’est quand même pas un marathon notre affaire! Ouin, je crois que c’est l’heure du pouce, je suis fatigué.’’

Au même moment, dans la tête de Poutinette :

''Ouin, il commence à se faire tard, pis je suis crevée moi! Je crois qu’il est temps qu’on lève le pouce. Je vais voir qu’est-ce que lui en pense, parce que si je l’arrête pas, on va marcher jusqu’à demain matin…'' :
- Mathieu… Maaaaaaaathieuuuuuu ?!?!

Dans la tête de Poutine :

''Bon, bon, faut encore qu’elle aille pisser dans le buisson je gage…'' :
- Quoi encore, pas un huitième petit pipi ?!?!
- Franchement, je ne suis pas si pire que ça ! Non, je me disais juste qu’il serait temps de tomber en mode pouce.
- Comme tu veux, mais moi je me disais que je serais capable de continuer encore quelques kilomètres. Quoique si tu insistes, on peut bien commencer à chercher un ''lift''. Moumoune…
- Arrête donc, j’suis certaine que tu es fatigué toi aussi!
- Puffff… tu me connais mieux que ça ?!?!

C’était dans la tête de,
Anik et Mathieu

PS : Toute bonne chose à une fin. Le Bangladesh n’est maintenant qu’un souvenir. Nous sommes à Kolkata en Inde depuis une semaine. Jusqu’à présent, l’Inde semble être un exemple de salubrité à côté de ce que peut être le pays des Bengalis… On vient de faire l’achat de deux vélos (encore). On voudrait poursuivre l’expérience du Laos et du Vietnam, soit voyager le plus possible à vélo et jouir de l’hospitalité des Asiatiques. On part demain vers le Nord à la rencontre de l’Himalaya. On est nerveux, mais confiant. On espère que vous avez aimé le Bangladesh autant que nous.

Tous ensemble : ''ADIEU BANGLADESH !!!!''

vendredi 18 novembre 2011

Chroniques du Bangladesh

Aéroport international, Bangladesh

Dans l’article précédent, on vous avait abandonné à la sortie de l’aéroport. Un vent de poussière nous fouettait, une odeur étrange nous faisait grimacer et on s’inquiétait à l’idée d’affronter le Bangladesh...

Dhaka, Bangladesh, suite...

Au beau milieu de la nuit, comme deux chiens errants la queue entre les pattes, on se jette sur le premier taxi. Une étrange vision du Myanmar me revient quand j’aperçois la bombonne de propane à l’intérieur du taxi… On saute aussi sur le premier hôtel que le chauffeur nous offre. Y’est tard, on n’a pas envie de se casser la tête. Dans notre chambre bien modeste, épuisés par le stress, on tombe endormi jusqu’en après-midi.

Au réveil, vous auriez tellement ris si vous nous aviez vu tourné en rond et tout faire pour ne pas sortir afin d’affronter les Moustaches. Anik prend une douche, puis une deuxième sous prétexte qu’il fait chaud. Je simule une sieste. Jetant un coup d’œil par la fenêtre, figée, Poutinette m’invite à assister au spectacle :
- Viens… voir… ça…
- … , la bouche grande ouverte, je suis sans mot. Étourdi, je regarde la scène.


Le rideau se lève. Une fois de plus, un monde comme on en n’a jamais vu auparavant. Des bâtiments inachevés en déchéance forment un décor fidèle à l’image de ce pays. Des hommes par millier grouillent dans tous les sens. Des autobus bosselés font la guerre aux centaines de minis taxis et de rickshaws coincés dans un trafic s’étirant jusqu’à l’horizon. Le soleil, brûlant et sec, est atténué par le smog et la poussière en suspend. Pour couronner le spectacle, en guise d’applaudissements, des klaxons bourdonnant jour et nuit sans relâche. Enfin, on fini par sortir…




Dès notre toute première journée, sans le savoir, on s’est aventuré dans le slum (ghetto) de Dhaka. Étrangement, comme deux brebis égarées, on s’est fait inviter à la prière et pour souper dans un monastère Chrétien tout juste à côté d’un des dispensaires (maisons de charité) de Mère Thérèsa.


Ensuite, tombés sous le charme de leurs premiers occidentaux à vie, les employés de l’hôtel où on logeait nous ont pris en tutelle pendant dix jours. Ils nous ont appris le Bengali, les rudiments du Bangladesh, comment manger avec nos mains, etc. Enfin prêt, on est partit.

La photo est flou. Il faut leur pardonner, ils n'ont pas l'habitude avec les kodaks...
Encore une fois, maudit que l’on s’inquiétait pour rien ! Pourquoi l’Homme a si peur de l’inconnu et des inconnus ?! Voilà déjà trois semaines que nous trottons sur le pouce à travers le Bangladesh. On a encore nos deux bras, nos deux jambes, ma blonde ses deux tét*** mous et moi ma tête dure.

C’est évident qu’en venant ici on s’attendait à perdre nos repères et à faire face aux changements. Ce fut un choc. Un bon choc. Tout compte fait, c’est différent en tabar&#*$% ! Voilà pourquoi cette fois-ci, au lieu de vous raconter des histoires abracadabrantes, on a choisi de vous faire part de toutes ces petites choses qui déstabilisent au quotidien. Alors, voici nos petites anecdotes notées au calepin :

Au calepin :

Il y a quelques jours, dans une ruelle, une coquerelle courait après un rat. Elles abondent tellement qu’on en retrouve aussi sur les murs et les tables des restaurants. Elles vont même jusqu’à nous rendre visite la nuit dans notre lit. Bizarrement, surtout sur Anik…

On laisse la porte de notre chambre ouverte. Attroupement…
  
Au milieu de la nuit, je me réveille en sueur. Dans mon rêve, je portais la moustache…



Une chambre d’hôtel sur deux a des punaises. On touche du bois, parce que jusqu'à maintenant, aucune n’a pris refuge dans nos sacs. Truc : je transporte en permanence une cannette d’anti-bébittes ''Raid''…

Mission : Anti punaise...  ''À l'attaque !!''
On s’arrête pour boire une gorgée d’eau. Attroupement : 5 personnes…

L’autre nuit, à la vue des draps souillés et croûtés avec des oreillers qui puaient la ''tête sale'', on demande à l’employé de changer le tout. Étonné, il répond : ''Pourquoi? ''. Ok! On doit être dédaigneux…

Quelqu’un nous salue et nous serre la main. Attroupement : 11 personnes…

Comptez-les vous même ! (si vous double-cliquez sur la photo, elle grossit)
Dans les restaurants, on ne lave pas la vaisselle, on la rince. Je l’ai vu de mes yeux vus à plusieurs reprises ! Tu demandes un thé, pas de problème. Le serveur prend la tasse de la table d’à côté, la rince et il te verse ton thé…

Les tables sont lavées avec des guenilles qui traînent en permanence par terre. Si vous pouviez voir les planchers…

Mais manger avec sa main gauche, nenon. ÇA !! C’est malpropre…

On pose une question, on sort une map. Attroupement : 10 ''tit joe connaissants''…

Un employé de l’hôtel est tout surpris de savoir que nous mangeons au maximum 2 fois par jour. On se sent mal un peu. On se dit qu’il doit manger moins que nous, car on sait que lui gagne 300 Taka/jour (environ 4 CAN$/jour). Fier, il répond qu’un Bangladeshi moyen mange au minimum 4 fois par jour…

Où nous sommes passés, rarement ça sent l’air pur. Vous avez le choix, ça sent soit :
A)   les égouts;
B)   les poubelles;
C)   le diesel;
D)   l’urine et la marde;
E)    la fumée de feu de poubelles;
F)    le ''swing'';
G)   Toutes ces réponses sont bonnes...

Shit, j'ai oublié de
barrer la porte
Le chroniqueur Bruno Blanchet a déjà dit qu’au Bangladesh il n’y a pas de porte. Naïf, je l’ai pris au sens propre du terme, mais j’aurais dut me douter que c’était au sens figuré… Que tu sois sous la douche, que tu te changes ou qu’il soit une heure du matin; ils entrent sans frapper…
                                         

On prend une photo au marché. Attroupement :
15 personnes…

Où sont les femmes ? Elles ne sont pas dans les rues ni dans les marchés ni dans les restaurants. Même les métiers typiquement associés aux femmes sont occupés par des hommes : coiffeuses, caissières, serveuses, vendeuses dans les marchés, etc. Parfois, en marchant dans les rues on doit s’arrêter et reprendre notre souffle tellement c’est surpeuplé, imaginez si les femmes y étaient…

Pour faire une image claire de cette surpopulation. Au Canada 34 millions de personnes. Au Québec 8 millions de personnes. Au Bangladesh, prenez la région des Laurentides et de Lanaudières et mettez-y 159 millions de personnes…

Aujourd’hui, un garçon nous a suivi sur environ 2 kilomètres juste pour nous observer. Il apparaît sur trois de nos photos prises ce jour-là. Les bangladais devront définitivement améliorer leur subtilité...

Ce serait trop long vous expliquer ce que l’on faisait là, mais danser dans une piscine à vagues. Attroupement : la piscine au complet…

Le Bangladesh ce n'est pas un pays, c'est une famille de 159 millions de membres

1... 2... 3... 4 moustaches !
Le gars de l’hôtel m’a demandé pourquoi je portais la barbe. Selon lui, je serais bien plus beau si je portais la moustache. J’y songe…

Une fois, on appelle au restaurant de l’hôtel et on pose la question suivante : ''À quelle heure votre restaurant ferme-t-il ?'' Le serveur de répondre : ''1 heure 11 !''. Je raccroche tranquillement et je me mets à saigner du nez…

Bon, je m’en voudrais de vous laisser sur ces anecdotes qui peuvent sembler négatives. On est très loin de se plaindre. Ce ne sont que des exemples qui, tous les jours, nous apportent rires et faits cocasses. Ok, c’est sale, bruyant, puant et pollué. Par contre, c’est le peuple le plus accueillant et aidant que nous avons eu la chance de visiter. Je sais qu’on a déjà dit ça pour le Laos et le Myanmar, mais ils tombent maintenant bon 2e et 3e. Au moment où on écrit ce texte, notre collection de cartes d’affaire s’élève à 26 et c’est sans compter toutes les invitations quotidiennes à souper, à prendre le thé ou à coucher. C’est cool le Bangladesh. Un pays non pas à visiter, mais à rencontrer.

Bon, on doit vous laisser, quelqu’un vient d’entrer dans la chambre…

Cul par-dessus tête,
Anik et Mathieu


mercredi 2 novembre 2011

Le marathon du stress

Kuala Lumpur, Malaisie

18h49. Je viens tout juste de vous publier mon dernier texte. J’ai le cœur plus léger (merci encore), mais l’esprit ailleurs… Nous commençons à être nerveux. Notre avion pour le Bangladesh est prévu pour 22h20. Allo nervosité… One, two… nervosité ?! - ''Présente !''.
Poutinette me fait des gros yeux en me pointant l’horloge et m’ordonne de sauter dans la douche au plus sacrant !
- Lâche ton blogue, pis saute dans la douche !

18h58. Nerveusement propre, sous la supervision d’Anik (elle me supervise toujours quand elle veut éviter que je tourne en rond), je fais les derniers préparatifs de mon paksac. Évidement, elle, elle est prête depuis hier…

On court jusqu’à l’arrêt d’autobus qui nous mènera à l’aéroport. Misère ! Elle quitte sous nos yeux. L’employé nous indique que le prochain sera à 20h15. On stresse. Il dit ensuite que si on est chanceux, on sera à l’aéroport vers 21h10 et un peu moins chanceux, 21h30. On capote. Je sais pas pourquoi, mais le Bangladesh est le pays qui nous effraye le plus depuis le début. Cela fait deux nuits que vos deux poutines ne dorment pas super bien. Certes, le Myanmar nous avait apporté sa part de stress. Cependant, rien de tel que ce fameux Bangladesh que je convoite depuis les premiers jours de ce périple. S’il fallait en plus que nous manquions notre vol pour celui-ci.
- Au pire, on arrive à neuf et demi. Pis ils ne partiront jamais sans nous autres. Nos vols en Asie sont toujours retardés en plus ! dit une Anik assurée, mais sans plus.
- Je vais faire confiance à ton flaire, car si c’était juste de moi je prendrais un taxi. Il faudrait pas manqué mon précieux Bangladesh !
- Trop cher un taxi ! Un bus, 2$ et un taxi, 45$
- Ouin…  

Au même moment, comme un vautour attendant l’affaissement de ses proies, un chauffeur de taxi saute sur l’occasion pour nous offrir son aide :
- Seulement 45 dollars… pour un blanc, ce n’est pas cher !
On a entendu cet argument des centaines de fois auparavant. On n’est plus capable de l’entendre…
- Non merci Monsieur, on va tenter le bus tout de même. 
- En tous cas, j’ai déjà vu des touristes manquer l'avion pour économiser de l’argent. Un taxi coûte moins cher qu’un nouveau vol.

Le doute refait surface. Poutinette et moi s’échangeons des regards. Elle fronce les sourcils. Je fronce les sourcils. Elle s’écarquille les yeux. Je plisse les miens. Elle hausse les épaules. Je hoche la tête. Tous les deux en même temps : ''NON, au-to-bus ! Merci''. Rejeté, le vautour disparaît dans la brume dégagée par les égouts souillés de Kuala Lumpur.

20h15. Le bus arrête devant nous. On embarque. Un stress de moins…

21h21. Toujours sur la route. Malheur ! L’employé de bus avait raison. En espérant que le foutu chauffeur de taxi n’avait pas raison lui. Je ronge mon banc. Sur un ton apaisant Anik me dit : ''Stresses pas, on va y arriver''.
- Mon père m’a toujours dit qu’un peu de stress était bon ok !
- Ben, stresses d’abord! Et continues de grignoter ta banquette… dit sèchement Poutinette.

21h28. Tabar#$%&* ! On arrive enfin. Il reste 50 minutes avant le grand départ. Dans l’aéroport, comme deux demeurés, on court dans tous les sens. Je lâche des petits cris de surexcitement de temps à autre. On a l’impression d’être au cœur du film Maman j’ai raté l’avion. Poutinette saute par-dessus une valise égarée. Je spine sur un bout de plancher mouillé. À la course, on interpelle une préposée pour connaître la direction à prendre pour le vol bangladais. Intriguée et hésitante, elle nous pointe le bon chemin.
- Dernier appel pour le vol OPC911, Malaysia Airlines, Bangladesh ! crache l’intercom défectueux.
- Haaaaaaaaaaaaaa…

21h42. Voilà notre bureau d’embarquement. Pas de file d’attente, évidement, on est les derniers. Surpris, l’employé nous dit qu’ici c’est le comptoir direction Dhaka. ''Oui, oui, on sait. C’est pour cette raison que nous sommes là !'' dis-je.
- Vous volez vers Dhaka? Pour quelle raison?!?! dit-il, médusé.
- Pour tourisme monsieur ! Sûrement pas pour business… que je réponds le souffle court.
Habituellement, se sont les douaniers qui posent ce genre de question. Sont-ils à ce point surpris de voir deux touristes aller au Bangladesh?!
- Bon vol et… bonne chance ! nous reprend-il, le sourire en coin, avant de nous redonner nos billets. Puis il ferme la lumière de son comptoir. Wow !! Il était moins une.

22h09. Tels deux marathoniens, on franchit la porte d’embarcation de l’avion après avoir semé le doute encore une fois à la douane au sujet de Dhaka… Nos quelques lectures à propos du Bangladesh nous prévenaient à propos des futurs regards par dizaines qui pèseront sur nous dans ce pays oublié des touristes. Dans la file d’embarcation, déjà, les passagers nous observent ''subtilement''. On entre dans l’avion. Presque seules les hôtesses de l’air ne nous fixent pas. Tous observent nos différences. Nous, on observe leur moustache… Dans l’allée qui mène à notre siège, un homme vêtu comme un maharaja croulant sous une pile de bijoux dorés nous filme avec son magnétoscope. Yeah baby, c’est parti ! On s’assoie. À peine trois minutes s’écoulent avant que notre voisin Bangladais nous demande d’où nous venons et pourquoi on a choisi son pays. Une dizaine de têtes à l’écoute dépassent de l’allée. Le voisin arrière se joint à la conversation, puis celui d’en avant, deux rangées plus loin. On n’est même pas encore rendu que déjà les attroupements commencent. C’est spécial, pas désagréable ni malaisant, mais spécial.

22h20. L’avion s'envole et nos inquiétudes aussi. En cours de vol, notre voisin nous donnera sa carte de visite ainsi qu’une invitation à le visiter lui et sa famille. Presque chaque passager se dirigeant à la toilette s’arrête pour nous souhaiter la bienvenue et me serrer la pince qui, soit dit en passant, ne s’arrête que quand la discussion est terminée. Notre stress se dissipe peu à peu. Je sais que ce n’est que fabulation, mais c’est comme si tous les passagers Bengalais avaient décelé notre inquiétude et qu’ils s’étaient fait un cocus afin de nous rassurer chacun leur tour.  

Dhaka, Bangladesh

Quatre heures plus tard, les trains d’atterrissage touchent ce pays le plus densément peuplé de la planète (environ 1000 habitants au kilomètre carré). On essaie difficilement de se frayer un chemin à travers toutes les moustaches pour sortir de l’avion. Encore fébrile, on approche le bureau de douane en espérant recevoir un visa d’un mois. Par contre, le douanier ne veut que nous octroyer un petit 15 jours de visite. On argumente et on lui lance des fleurs. Sa moustache se dresse. D’une oscillation gauche droite de la tête qui caractérise bien cette partie du globe ''BANG !!'', il étampe 30 jours. Un dernier hochement de tête et il nous remet nos passeports. Voilà le décompte est lancé. Les portes du Bengale s’ouvrent à nous. À peine le pied déposer à l’extérieur de l’aéroport qu’un nuage de poussière nous fouette. Une odeur particulière nous monte au nez. Ça sent le Bangladesh. C’est peut-être un bien petit pas pour vous, mais un pas de géant pour nous.

À suivre…

Moustachement
Anik et Mathieu