Banjarmasin, Bornéo, Indonésie
- Je veux manger un ayam goreng ! (Poulet frit, spécialité de l’Indonésie)
- Relaxe Anik, commence par déposer ton sac, prendre une douche pis on ira manger après.
- Peu importe quand on va manger, je veux mon ayam goreng, pas autre chose. J’ai besoin de viande là, je suis à boutte !
Ces deux trajets d’autobus nous ont vraiment épuisés. Supposément 15 heures chacun, mais ils se sont allongés d’un minimum de 2 heures pour un total de 34-35 heures d’autobus (de merde) en trois jours. On a pas très bien dormi, que dis-je… somnolé et on a les fesses racquées, le postérieur en chou-fleur et le coccyx d’un apprenti rodéo. À vrai dire, on a mal au cul !! Une chance que l’on se donne une pause d’une journée à Banjarmasin. Banjar… quoi ?!
De plus, il nous reste un autre bus de 12 heures pour aller voir des orangs-outangs en liberté dans un parc national, un petit vol d’avion et on finit avec un autre autobus de 11 heures pour atteindre la Malaisie… Non, on ne s’est pas inscrit dans un rallye de gazelles machin. C’est juste que notre visa finit dans quelques jours et que l’état des routes (quand il y en a, voilà pourquoi l’avion) nous oblige à admirer la jungle de Bornéo d’un autobus. Disons que notre moral est à plat. On s’attendait à un peu plus de cette île tropicale et en plus, notre groupe de Bali commence à nous manquer un tantinet.
En possession de son précieux ayam goreng, Poutinette recommence lentement à sourire. Je cherche les ustensiles partout. Peut-être au comptoir, hummmm non. Ha ! Pas vrai, ne me dis pas que… Attends, je vais demander à la madame. Non, pas d’ustensiles, même pas de baguettes! Bon, tout comme certaines régions du Myanmar, il va falloir manger avec nos mains. Ce n’est pas généralisé en Indonésie, mais certaines provinces le font et certains restos n’offrent pas le choix. Détrompez-vous, ce n’est pas facile manger avec ses mains. La bouffe chaude, des sauces, du riz… C’est un art les regarder faire. Nous, on fait plus enfants de deux ans qui apprennent à manger. En me lichant les doigts me vient à l’esprit : ''c’est vrai, j’ai serré la pince à deux chauffeurs de taxi qui jouaient aux échecs dans la rue et puis, j’ai aussi flatté les chats errants dans le resto en attendant notre bouffe…''. À cette pensée s’ajoute aussitôt : ''C’est quand la dernière fois que j’ai utilisé du papier toilette déjà ? Bahhh pas grave, il y a tellement d’épices dans notre assiette, une de plus ou une de moins !''. Un homme débordant d’enthousiasme me sort de ma bulle en s’assoyant à notre table.
- HELLO MISTER !! HELLO MISTER !! HOW ARE YOU? WHERE ARE YOU FROM?
- Croatie, we are Croate ! (C’est toujours plaisant de répondre le premier pays qui nous vient en tête quand on se fait poser la question onze fois par jour. Surtout que dire Canada me fait toujours grincer un peu des dents.)
- WOW, BEAUTIFUL COUNTRY !!! Reprenant son souffle et son calme, il poursuit : ''Merci de visiter ma ville !! Vous ne pouvez pas venir ici sans visiter notre marché flottant et notre canal. On l’appelle le Venise de l’Asie. Vous verrez alors le vrai Banjarmasin !!!''.
D’une politesse toujours exemplaire, Poutinette répond en marmonnant dans sa langue maternelle : ''On s’en sacres-tu de ton canal, on sait même pas où l’on est. Demain, c’est une journée de repos et on dort…''
- WHAT ?!?!? I DON’T SPEAK CROTTE MISTER !!!
- I said… Yes, Why not ?!
| Levé du soleil à Banjarmasin. |
5h00 am. Il fait encore nuit à Banjarcâline. Le chant des mosquées et les paroles du coran retentissent en écho partout à travers la ville. Elles semblent provenir du ciel tellement les mosquées sont nombreuses. Les ruelles sont désertes, car tous sont à la prière et comme le suggère le ramadan, ils profitent du dernier moment de noirceur pour manger. Se cramponnant main dans la main, on a l’impression de marcher dans une ville fantôme. Notre ami nous attend déjà à son bateau. En route, le soleil semble vouloir percer l’horizon et Banjarmachin se réveille.
Arrivée au marché, c’est un peu désolant. Il y a, au plus, une vingtaine de marchands dans leur embarcation. Habituellement, petite ou grande ville, le marché est un endroit de bourdonnement et de frénésie qui ne semble pas être au rendez-vous ici… C'était charmant, mais sans énergie. On essaye alors de mettre notre grain de sel pour se créer un petit moment qui en vaut la peine. Poutinette joue la sympathique en parlant leur langue. De mon côté, bin je fais le clown. Ça fonctionne… mais pas comme à l’habitude. On se console en achetant des beignets et un café à un vendeur ambulant, un genre de Tim Hortons flottant. Encore une fois, je suis déçu, il ne vend pas de roues de tracteur...
| Notre ami sur-motivé cherchant désespérément une roue de tracteur |
15h30 pm. L’honneur de Banjarpiscine repose sur la fameuse Venise de l’Asie dont on n’a jamais entendu parler. Cette fois, on ne s’attend à rien pour éviter les déceptions. Naviguant sur la rivière qui sert de boulevard, on aperçoit des canaux de différentes largeurs qui eux servent de ruelles. Alors, notre ami entre dans une de ces ''ruelles''…
Notre ami tient à nous amener dans des ruelles sur terres battues qui ceinturent les canaux.
- SVP mes amis, j’aimerais vous montrer de l’intérieur cette vie !! dit-il toujours aussi débordant d’enthousiasme. On commence à comprendre d’où provient son énergie. À peine le pied déposé par terre que des enfants nous entourent. Il est difficile d’avancer tellement ils s’agglutinent et s’accumulent autour de nous. Des parents demandent à Anik de tenir leur enfant. Des vieillards me font des high five.
- J’ai mal aux joues tellement je souris, et toi ?! me dit Poutinette sollicitées de partout.
Je suis incapable de répondre, j’ai le motton tant c’est beau !! Nos petits inconvénients de transport nous semblent désormais bien loin. Pauvreté ? Je le sais pas plus que tantôt. Peut-être que c’est nous qui vivons dans la ouate. Je dirais même dans la mousse triple absorbante…
Merci encore une fois gens du pays pour cette leçon de vie.
Sans oublier ce plein d’énergie avant de repartir...
Anik et Mathieu






