2 poutines en Asie

2 poutines en Asie
Il était une fois Poutine et Poutinette...

lundi 29 août 2011

Le plein d’énergie S.V.P!


Banjarmasin, Bornéo, Indonésie

- Je veux manger un ayam goreng ! (Poulet frit, spécialité de l’Indonésie)
- Relaxe Anik, commence par déposer ton sac, prendre une douche pis on ira manger après.
- Peu importe quand on va manger, je veux mon ayam goreng, pas autre chose. J’ai besoin de viande là, je suis à boutte !

Ces deux trajets d’autobus nous ont vraiment épuisés. Supposément 15 heures chacun, mais ils se sont allongés d’un minimum de 2 heures pour un total de 34-35 heures d’autobus (de merde) en trois jours. On a pas très bien dormi, que dis-je… somnolé et on a les fesses racquées, le postérieur en chou-fleur et le coccyx d’un apprenti rodéo. À vrai dire, on a mal au cul !! Une chance que l’on se donne une pause d’une journée à Banjarmasin. Banjar… quoi ?!

De plus, il nous reste un autre bus de 12 heures pour aller voir des orangs-outangs en liberté dans un parc national, un petit vol d’avion et on finit avec un autre autobus de 11 heures pour atteindre la Malaisie… Non, on ne s’est pas inscrit dans un rallye de gazelles machin. C’est juste que notre visa finit dans quelques jours et que l’état des routes (quand il y en a, voilà pourquoi l’avion) nous oblige à admirer la jungle de Bornéo d’un autobus. Disons que notre moral est à plat. On s’attendait à un peu plus de cette île tropicale et en plus, notre groupe de Bali commence à nous manquer un tantinet.

En possession de son précieux ayam goreng, Poutinette recommence lentement à sourire. Je cherche les ustensiles partout. Peut-être au comptoir, hummmm non. Ha ! Pas vrai, ne me dis pas que… Attends, je vais demander à la madame. Non, pas d’ustensiles, même pas de baguettes! Bon, tout comme certaines régions du Myanmar, il va falloir manger avec nos mains. Ce n’est pas généralisé en Indonésie, mais certaines provinces le font et certains restos n’offrent pas le choix.  Détrompez-vous, ce n’est pas facile manger avec ses mains. La bouffe chaude, des sauces, du riz… C’est un art les regarder faire. Nous, on fait plus enfants de deux ans qui apprennent à manger. En me lichant les doigts me vient à l’esprit : ''c’est vrai, j’ai serré la pince à deux chauffeurs de taxi qui jouaient aux échecs dans la rue et puis, j’ai aussi flatté les chats errants dans le resto en attendant notre bouffe…''. À cette pensée s’ajoute aussitôt : ''C’est quand la dernière fois que j’ai utilisé du papier toilette déjà ? Bahhh pas grave, il y a tellement d’épices dans notre assiette, une de plus ou une de moins !''. Un homme débordant d’enthousiasme me sort de ma bulle en s’assoyant à notre table.
- HELLO MISTER !! HELLO MISTER !! HOW ARE YOU? WHERE ARE YOU FROM?
- Croatie, we are Croate ! (C’est toujours plaisant de répondre le premier pays qui nous vient en tête quand on se fait poser la question onze fois par jour. Surtout que dire Canada me fait toujours grincer un peu des dents.)
- WOW, BEAUTIFUL COUNTRY !!! Reprenant son souffle et son calme, il poursuit : ''Merci de visiter ma ville !! Vous ne pouvez pas venir ici sans visiter notre marché flottant et notre canal. On l’appelle le Venise de l’Asie. Vous verrez alors le vrai Banjarmasin !!!''.
D’une politesse toujours exemplaire, Poutinette répond en marmonnant dans sa langue maternelle : ''On s’en sacres-tu de ton canal, on sait même pas où l’on est. Demain, c’est une journée de repos et on dort…''
- WHAT ?!?!? I DON’T SPEAK CROTTE MISTER !!!
- I said… Yes, Why not ?!

Levé du soleil à Banjarmasin.
5h00 am. Il fait encore nuit à Banjarcâline. Le chant des mosquées et les paroles du coran retentissent en écho partout à travers la ville. Elles semblent provenir du ciel tellement les mosquées sont nombreuses. Les ruelles sont désertes, car tous sont à la prière et comme le suggère le ramadan, ils profitent du dernier moment de noirceur pour manger. Se cramponnant main dans la main, on a l’impression de marcher dans une ville fantôme. Notre ami nous attend déjà à son bateau. En route, le soleil semble vouloir percer l’horizon et Banjarmachin se réveille.



Arrivée au marché, c’est un peu désolant. Il y a, au plus, une vingtaine de marchands dans leur embarcation. Habituellement, petite ou grande ville, le marché est un endroit de bourdonnement et de frénésie qui ne semble pas être au rendez-vous ici… C'était charmant, mais sans énergie. On essaye alors de mettre notre grain de sel pour se créer un petit moment qui en vaut la peine. Poutinette joue la sympathique en parlant leur langue. De mon côté, bin je fais le clown. Ça fonctionne… mais pas comme à l’habitude. On se console en achetant des beignets et un café à un vendeur ambulant, un genre de Tim Hortons flottant. Encore une fois, je suis déçu, il ne vend pas de roues de tracteur...

Notre ami sur-motivé cherchant désespérément une roue de tracteur
15h30 pm. L’honneur de Banjarpiscine repose sur la fameuse Venise de l’Asie dont on n’a jamais entendu parler. Cette fois, on ne s’attend à rien pour éviter les déceptions. Naviguant sur la rivière qui sert de boulevard, on aperçoit des canaux de différentes largeurs qui eux servent de ruelles. Alors, notre ami entre dans une de ces ''ruelles''…

Paf !!! Une claque dans face comme on dit. Le spectacle est saisissant. En une seconde, on sait que l’on assiste à l’un des points marquants de notre voyage. Une eau brune, pas couleur café mais couleur… caca avec des ordures flottant partout, des cabanes sur pilotis qui tombent en ruine, un état de salubrité désarmante. Ils utilisent tous l’eau pour se déplacer, certains pour pêcher, d’autres pour se laver. Elle sert aussi de poubelle, de toilette, de bain et de piscine pour les enfants. On ne sait quoi penser. Pauvreté ? Je ne sais pas… Qu’est-ce que la pauvreté. Vous le savez, vous ?! J’ai toujours associé la pauvreté à la malnutrition, à des cris, des pleurs, à des gens qui se meurent. Ici… ça sent bon. Il y des odeurs de poisson grillé et des parfums d’ail rôtie. On ne perçoit que des sourires, des enfants qui crient de joie, des hommes dans la soixantaine travaillant avec une énergie à faire envier des gens de la quarantaine par chez nous. C’est touchant. C’est beau. La beauté à l’état pur comme un dessin d’enfant.


Notre ami tient à nous amener dans des ruelles sur terres battues qui ceinturent les canaux.
- SVP mes amis, j’aimerais vous montrer de l’intérieur cette vie !! dit-il toujours aussi débordant d’enthousiasme. On commence à comprendre d’où provient son énergie. À peine le pied déposé par terre que des enfants nous entourent. Il est difficile d’avancer tellement ils s’agglutinent et s’accumulent autour de nous. Des parents demandent à Anik de tenir leur enfant. Des vieillards me font des high five.
- J’ai mal aux joues tellement je souris, et toi ?! me dit Poutinette sollicitées de partout.
Je suis incapable de répondre, j’ai le motton tant c’est beau !! Nos petits inconvénients de transport nous semblent désormais bien loin. Pauvreté ? Je le sais pas plus que tantôt. Peut-être que c’est nous qui vivons dans la ouate. Je dirais même dans la mousse triple absorbante…





Merci encore une fois gens du pays pour cette leçon de vie.
Sans oublier ce plein d’énergie avant de repartir...

Anik et Mathieu




dimanche 21 août 2011

On reçoit de la visite


Ouin, on est fébrile. Anik est nerveuse, je suis nerveux aussi. Bref, on capote. Ce n’est pas tous les jours que l’on reçoit ses amis en visite… quand on est nous-même en visite! Ils viennent nous rejoindre pour environ un mois à Bali en Indonésie. On a hâte, mais on est aussi super stressé. Avons-nous changé? Sommes-nous les même? Aimeront-ils ça voyager avec nous? Aimerons-nous ça voyager avec eux? Sûrement tant de questions et de stresse pour rien! Je tourne en rond depuis ce matin. Est-ce que je fais du ménage? Heu non, le lavage avant ?! Une douche? Non, le ménage avant, notre chambre n’est vraiment pas assez propre pour recevoir des voyageurs fraîchement cueillis du Québec! Ouin mais d’un côté, si je veux qui la brassée (à la main) soit sec… Au lieu de commencer une des deux tâches, je préfère tourner en rond et angoisser. Ménage, lavage, ménage, lavage ?!?
- Anik pourrais-tu m’arrêter de tourner en rond et m’orienter SVP ?! Je capote là!
- Té bébé! Faut croire que notre voyage ne te changera pas de ce côté-là…
- Arrête donc, j’ai quand même amélioré bien des affaires par exemple!
- Heuuuuu… Lesquelles?
- … Mon tour de taille sexy qui te fait perdre la tête!
- Tssss… Franchement! Frotte donc la salle de bain, pis je m’occupe de la brassée…

C’est fou comme faire le ménage me manque ! C’est débile me direz-vous? Vous n’êtes pas les seuls, Anik m’a dit la même chose quand je l’ai réveillé en même temps que le cri du coq avec le gros sourire et une guenille autour de la tête. Frotte, frotte, frotte, go, go, go!!! Le truc, c’est que depuis trois jours, on s’est aussi donné comme mission de leur trouver la meilleur chambre au meilleur prix à Kuta Bali. Pour être certain qu’il ne soit pas dégoûté en la voyant, on a décidé de repasser derrière les femmes de ménage… Pis cela me donne aussi une raison de faire du ménage !

Whooo ho! Plus que quelques heures avant l’arrivée de ma sœur Karine et mon bon pot Max qui en sera à son premier voyage. Il y a aussi mon frère J-P et sa copine Australienne Julie qui arriveront demain from Australia. Je me répète, mais c’est fou comme on a hâte! Ça va faire changement de déléguer des décisions, de suivre, de redécouvrir l’Asie à travers leurs yeux. Toutes ces choses qui nous émerveillent beaucoup moins comme les marchés surpeuplés, les enfants nus pieds dans la rue, les temples multicolores, les repas à 2$, boire une bière dans la rue, quatre personnes sur une moto avec pas de casque, se laver le derrière sans papier de toilette… Le temps d’adaptation pour celles-ci est assez long! Bref, je ne parle pas des monuments à visiter, mais de ces petites choses simples qui n’arrêtent pas de te rappeler que tu es loin de chez toi. Vous en faites pas, on n’est pas blasé, loin de là. On découvre encore presque tous les jours.

Depuis notre départ, on sait qu’une rencontre est prévue pour le mois de juillet. Aujourd’hui, ça va faire au moins deux semaines que l’on pense à comment on va les accueillir. En taxi, en moto ou en minibus local? Payons-nous un orchestre accompagné d’un clown et d’un chien funambule ou on la joue émotif. Quels vêtements allons-nous porter. C’est fou, même avec six morceaux dans le fond du paksac, on arrive à se poser cette question! Est-ce qu’on les apportera dans un petit resto typique ou on prépare un petit lunch asiatique qui les attendra dans notre apparte? À ce fait, je ne sais pas si c’est normal… Depuis que l’on est parti, chaque fois que l’on s’installe dans une chambre, que le sac y est déposé et que l’on y étale tout son contenu, on a l’impression d’y déployer l’âme de notre dernier appartement. Alors, chaque fois on dit instinctivement : ''Retournons à l’apparte'' ou ''allons à l’apparte''. C’est pour cette raison que l’on a l’impression de recevoir nos amis sur ce continent qui est désormais un peu comme le notre…

Merde que l’on va en avoir des trucs à se dire, des discussions, des soirées, des buveries, des folies… Je n’arrête pas de fabuler. Ça va mettre une belle fin à notre première étape, notre premier six mois… Ouais, déjà  six mois! Un nouveau voyage va bientôt commencer après leur départ. L’Inde, le Bangladesh, le Népal et le Sri Lanka. Fini les yeux bridés souriants. Maintenant, c’est au tour des bruns à moustache d’accueillir Poutine et Poutinette.

Voilà ce que j’ai écrit il y a un mois, la journée où nos amis sont atterris…

Arrivee de Karine et Max qui semble perdu...
Max qui essaye d'expliquer a J-P comment agir sur Bali.

Voilà ce que j’écris 3 jours après leur départ, presque un mois jour pour jour après leurs arrivées.

Qu’il a été bon de prendre des vacances de notre voyage avec vous frère, sœur et amis. Ouais des vacances! Des fois, ce périple nous épuise plus que pouvait le faire notre routine de métro-boulot-dodo à Montréal. Pas d’autobus interminable, pas d’aventures où l’on se demande comment cela va finir, pas d’insomnie causée par le blog, que du bons temps avec des pots. Ce ne fut pas toujours facile, c’est évident, sept personnes donc sept idées différentes. Tout le monde a eu besoin de s’adapter à quelque chose, c’est aussi un peu ça le voyage. Pour notre part, c’était de s’adapter à leur budget quotidien qui était presque le triple du notre. Ça faisait six mois que chaque dépense était comptabilisée afin de ne pas écourter notre rêve d’une seule journée et même que s’il pouvait se prolonger cela serait encore mieux! C’est pas facile planifier un budget avec un montant fixe pour un an et peut-être plus. Par contre, ces ajustements de part et d’autre n’étaient que des banalités par rapport au bon temps que nous avons passé et je crois que c’est réciproque pour tout le groupe.

Coucher de soleil et alcool
Faut pas croire que s’il n’y a pas eu de blog que c’était ennuyant !  Ce fut un 30 jours condensés d’activités, de buveries et de folies.


J-P et Poutinette
À Bali : du surf, une expédition pour voir des dauphins, des combats de coq (assez violent merci !), un trek en rizières pour aller voir des chutes vierges de près de 80m de haut, snorkling (plongée masque-tuba) presque quotidien, buverie presque aussi quotidienne et randonnée de moto. 


En route vers la chute...
 
"Brothers in the wind", version junior ! (Hommage à mon pere)

Sur les Gili Islands : snorkling encore et encore (on devient accro à l’eau claire turquoise et les petits poissons multicolores), on a loué une maison en gang, on a fait du lavage et du ménage (ça… ça m’a fait du bien!!!), Poutinette et moi avons cuisiné pour le groupe aussi souvent que possible (ça aussi on était en manque, plus capable du resto!!!), certains ont fait leur licence de plongée PADI, d’autres de la plage et pour fermer les Gilis, une expérience hallucinogène de champignons magiques (légal dans ce coin de pays) où nous avons été envahis, l’instant d’un soir, par une tribu extra-terrestre aux fronts gigantesques. Quand j’y pense, cela aurait pu être matière à blog. Par contre, la seule preuve de l’existence des Fronts fut mystérieusement effacée d’une de nos caméras…

Ensuite, sur l’île de Lombok, nous nous sommes attaqué, en trois jours, à la montée du Rinjani haut de 3726m, le plus haut volcan de l’Asie. Toute une épreuve! Une des plus difficiles de notre vie et je ne suis même pas gêné de parler pour le groupe!!

Apres une journee et demie. 2600m d'altitude.
Bref, nous n’avons pas perdu de temps durant ce mois. Les retrouvailles ont fait du bien à tous, différentes de ce à quoi on s’attendait et tant mieux. Les surprises font aussi parties du voyage. On pensait redécouvrir l’Asie avec vous, mais vous nous avez ramené au Québec l’instant d’un mois. Et comme on a l’habitude depuis le début de ce périple, une fois de plus, il a fallu dire adieu. Un adieu éphémère cette fois-ci, puisque nous nous reverrons…

Merci Karine, Max, J-P, Julie et Connor

De gauche à droite : J-P, Poutine et Poutinette, Julie, Karine, Max et Connor

Bien qu’Anik et moi sommes triste de leurs départs, nous sommes aussi content de retourner non pas au travaille, mais au voyage… On vient tout juste d’atterrir sur Bornéo, la troisième plus grosse île de la planète contenant aussi la troisième plus grosse jungle tropicale. On est redevenu la minorité visible où presque personne ne comprend l’anglais et tout le monde nous envoie la main. Dans quelque instant, on prend un bus de 15 heures pour en reprendre un autre de 15 heures le lendemain. Tout ce temps de déplacement pour seulement 800 km. On ne voyage pas comme on veut dans la jungle! Peut-être que voyager à coup de liane comme Tarzan serait plus efficace…

Hoooo !! Attendez… Ça sent… Snif !! Ça sent l’aventure!

Tarzan et Jane