2 poutines en Asie

2 poutines en Asie
Il était une fois Poutine et Poutinette...

lundi 6 février 2012

Le paradis perdu

Jaisalmer, Rajasthan, Inde

On revient tout juste de notre tant attendu safari à dos de chameau dans le désert de Thar à quelques kilomètres de la frontière Pakistanaise. Quatre jours à errer, à se laisser bercer par le déhanchement de notre chameau, à rêvasser et se perdre dans nos réflexions. Ce fut parfait, relaxant et paisible, mais un peu trop organisé à notre goût. Nous qui sommes habitués à l’improvisation depuis plus d’un an.

C’est pourquoi aujourd’hui, j'ai le goût de vous faire une confidence. Assurez-vous que personne ne puisse vous surprendre. Êtes-vous seul ? Ça devra rester entre vous et moi, sinon je passerai pour un fou. Voulez-vous savoir ce qu’il s’est réellement passé dans ce safari, mais je veux dire… réellement passé ?

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***

Tout débuta il y a environ deux mois à Calcutta alors que l’on cherchait un livre sur l’Inde dans l’un des nombreux marchés dont cette cité regorge. On cherchait, tout en ne cherchant pas. On visitait sans visiter. Voilà quelques heures que l’on errait de ruelle en ruelle jusqu’à ce que nous débouchions sur une étroite allée sans issue. On s’y aventura. Étrangement, on se sentit attiré par la porte du fond. C’était une lourde porte travaillée et capitonnée à l’allure sévère qui jurait dans le décor coloré bon enfant. On n’eut même pas le temps de se déplacer vers elle, qu’elle vint tout droit à nous. Figé par ce qu’il venait d’arriver, j’observai la porte bêtement. Poutinette prit l’initiative de cogner à la porte. À peine son poing la frappa que celle-ci s’ouvrit d’elle-même. Un homme assis par terre dans une pièce sombre d’environ deux mètres carrés nous faisait face. Vêtu d’une soutane orange avec son visage grossièrement maquillé, ça devait être un sadu. Il semblait nous attendre, puisqu’il y avait déposé devant lui trois tasses de chaï (thé indien). Sous ses épais sourcils blancs se dissimulaient un regard doux. Il brisa le silence :
- Bienvenue à vous deux et bienvenue aux Indes my friends
C’est évident que cet homme n’a pas ce que l’on cherche. Partons d’ici, pensais-je.
- Bien sur que je l’ai ! répondit-il à voix haute. Donnez-moi un instant et je vous l’apporte. Sa voix était étouffée comme s’il n’avait pas parlé depuis des lunes. Anik n’y comprenait rien et moi encore moins. Je croyais rêver. J’étais bel et bien persuadé de n’avoir rien dit. Il craqua une allumette pour y allumer une chandelle à moitié brûlée. Aussitôt, sous la lueur de la celle-ci, la pièce sombre que l’on croyait petite devint une bibliothèque sans fond. Étonnés, on recula d’un pas. Il disparut avec son chandelier nous laissant dans la noirceur avec comme seul lumière le jour sous la lourde porte de bois. Il revint la moustache couverte de poussière, plus blanche encore, et un bouquin à la main.
- Vous trouverez votre paradis tant prisé avec lui. Il vous guidera et vous accompagnera lors de votre quête.
- Quête ? Qu’est-ce qui vous fait croire que l’on cherche ce soit disant paradis ? dit Poutinette sur un ton assuré et septique à la fois. Parfois ma chicks à le don de rester de glace face à des situations farfelues et ça ne cesse de me surprendre. À vrai dire, ça me séduit. Le vieillard reprit :
- Cessez donc ! On ne voyage pas un an et plus sans être à la recherche de quelque chose et ce quelque chose vous le trouverez avec lui, murmura-t-il calmement tout en tapant la relique recouverte de cuir vieilli. Puis il toussa sous l’effet du nuage de poussière qu’il venait tout juste de soulever. Je m’empressai de feuilleter le livre, mais ces pages y étaient entièrement vides.
- Mais il n’y a rien dans ce livre ?!
- J’ai dis avec lui et non à l’intérieur du livre jeune homme… N’allez pas croire que l’on atteint ce genre d’endroit facilement. Cet éden se mérite. Il vous faudra travailler fort, suer, traverser montagnes et déserts. Oubliez les avions, les bus avec air climatisé. Le livre n’est pas dupe, il saura si vous le méritez.

D’un léger souffle, il éteignit la chandelle. La flamme disparut, la bibliothèque et l’homme également. Seul le sillon de fumée de la mèche fraîchement éteinte et le livre en main prouvait que l’on n’avait pas rêvé. On était désormais seul au milieu de la chambre. On en sortit sans trop savoir quoi en penser.

Pas besoin de dire que cette nuit là, on ne ferma pas l’œil. Nos deux corps étaient allongés dans le lit. On fixait le ventilateur qui se battait avec la chaleur accablante de Calcutta. Dans son sillon, nos pensées se mélangeaient. Pourquoi étions-nous aux Indes ? Pourquoi avions-nous laissé famille, travail et luxe derrière nous ? Devions-nous laisser le hasard nous guider une fois de plus ? Le vieil homme avait forcément raison, nous étions à la recherche de quelque chose ou de quelque part ! Mais où aller et où commencer ?! Au réveil, tout était aussi confus que la veille. Une seule certitude surgit de cette nuit : peu importe comment, on partirait à la recherche de ce paradis perdu…

La suite de l’histoire, vous la connaissez en partie. On partit à vélo et on affronta les froids et les dénivelés de l’Himalaya comme le prédisait notre illuminé. Puis un jour, au sommet d’une montagne, ne sachant plus où aller, on rencontra un explorateur venu de l’occident. C’était un personnage tout droit sorti des manuels d’histoire. Dos droit et cheveux au vent, il regardait l’horizon comme un matelot guettant une pointe de terre. Il s’exprimait dans un vieux français et marmonnait tout bas des expressions incompréhensibles. Jetant un œil à notre livre, il ne pouvait déchiffrer les pages blanches bien évidement. Il nous suggéra tout de même de prendre la direction du soleil couchant. Il disait avoir entendu plusieurs récits de taverne à propos d’un endroit prisé par les voyageurs, jadis prisonniers de la routine. Puis il se retourna comme si on n’y était plus et continua à marmonner des trucs incompréhensibles. N’ayant rien à perdre, on prit cette direction et quitta les montagnes pour les plaines Indiennes.

Voilà maintenant un mois que l’on voyageait aux Indes. L’ouest était effectivement plus monotone que les montagnes. Par contre, pour compenser le manque de relief, des palais gigantesques et colorés bordaient les paysages. Ils avaient été érigés jadis par de grands maharajas aux idées de grandeurs démesurées. Certains avaient des coupoles blanches pointues rappelant les contes d’Aladin, d’autres étaient bâtis en pierres rouges telles des forteresses du Moyen Âge. Les Indes avaient un passé millénaire et les échanges de cultures y avaient été forts, on ne pouvait en douter.




Les crevaisons s’accumulaient et l’espoir laissait de plus en plus place aux doutes. Avions-nous vraiment besoin de trouver une place de rêve ? Notre périple nous avait jusqu’ici gâté; des îles, des grandes villes, des nouvelles amitiés. À quoi pouvait bien rimer cette quête? L’idée de redevenir de simples voyageurs travaillait nos esprits. Jusqu'à ce qu’un doux matin, un léger chuchotement me sortit du sommeil. Anik dormait à mes côtés. Je jetai un regard sur notre relique de cuir. Rien. Cette histoire me rendait fou. Je me secouai la tête et me dis intérieurement qu’un livre ne pouvait parler. Sourire en coin, je me recouchai. Le chuchotement recommença : ''Psssst, Psst !!''



Anik l’entendit elle aussi. Haaaa, je le savais que je n’étais pas fou ! Un singe était à la fenêtre !
- Cali*%#, quessé ça !!! dis-je et on bondit du lit aussitôt. Je ne savais plus quoi penser. Si un livre ne parle pas, un singe non plus. Par chance notre fenêtre était munie de barreaux. Une fois de plus Poutinette fut la première à réagir et elle s’approcha du singe… parlant. Définitivement, j’étais plus moumoune que ma blonde. Ça me fait tout drôle d’écrire ça, mais à ma grande surprise le singe… reprit :
- J’ai un message à vous livrer.
- Ok ! répondit calmement Anik.
- Un message pour nous, toi, un singe ! Et toi tu ne fais que répondre ‘’OK’’. Suis-je seul à trouver ça bizarre ?! Un vieux qui disparaît, un explorateur en noir et blanc et là un singe parlant. Où sont les caméras cachées ? Tu peux sortir de ta cachette Marcel Béliveau ! Je souriais jaune et mon œil gauche clignait nerveusement. Devenais-je fou ?
- Laisse-le finir… il est tellement cute
- Merci madame. Vous êtes plus proche que vous ne le croyez. Ce n’est pas le temps d’abandonner. Vous ne sentez pas que l’air est plus sec qu’au début ? Le désert approche et sera suivi de votre endroit de prédilection… Bon, je dois partir. J’ai d’autres messages à livrer, mais avant de partir vous n’auriez pas une p’tite banane en guise de pourboire… Il tendit la main.

Le singe disait vrai, on approchait du désert de Thar. La végétation se faisait de plus en plus rare. Le sable prenait place plus les kilomètres s’additionnaient. Le vélo devenait de moins en moins praticable. Les roues s’enfonçaient dans le sable chaud et le climat aride brûlait nos énergies si précieuses. Il fallait se rendre à l’évidence, on devait changer de moyen de transport. On tira cette conclusion lors d’une halte prise en bordure de la route. Des chameaux sauvages erraient dans un sous-bois comme si on les avait déposés sur notre chemin par exprès. Poutinette et moi s’échangeâmes un regard complice qui voulait tout dire. La chance nous avait si bien sourit depuis que l’on transportait ce livre. Si des singes nous parlaient, on pouvait, de toute évidence, monter des chameaux sauvages. Encore une fois, devinez qui approcha la bête en premier ? 

Anik , l'amie des animaux!
Sans surprise, ils se soumirent à nous sans problème. C’est avec regret et chagrin qu’on dut abandonner nos montures à deux roues pour les chevaliers du désert si bien adaptés pour ce climat hostile à l’homme. Une nouvelle aventure s’offrait à nous…    


Tout se déroulait à merveille sur nos chameaux. Les déplacements s’effectuaient plus lentement qu’à vélo, mais beaucoup plus efficacement. À l’horizon, une ville se dessinait. De loin, elle semblait entièrement faite de sable. Ça devait être Jaisalmer aussi appelée Golden City. On devait absolument la joindre avant la tombée de la nuit. Comme nous avait si bien averti un paysan ''les nuits du désert sont connues pour être plus froides qu’une femme sans préliminaire''.


À l’entrée de la ville, des tailleurs de pierre s’acharnaient à la réparation de la forteresse de sable. Intrigué par notre arrivée, un tailleur déposa ses outils et nous appela :

- Nomasté (salut indien) voyageurs ! Qu’est-ce qui vous amène ici ? Vous aussi vous cherchez la forêt d’arbres géants qui produisent les vents ?
Par le fait même, deux choses nous intrigua : la forêt d’arbres géants et le ''vous aussi''. On s’avança et tenta d’en savoir plus. Ils nous expliquèrent qu’un autre voyageur était ici à la recherche de quelque chose. Pointant du doigt un agglutinement, on apercevait un homme blanc enturbanné, verre à la main, il faisait rire à gorges déployées une bande d’Indiens. Par de grands gestes, il captait l’attention de tous. Loin des touristes, près des locaux et bon vivant en plus. On l’aimait déjà. On passa la soirée avec lui à déblatérer sur nos histoires de voyage. Cyril était tout un conteur ! Il nous éclaira sur la fable de la forêt d’arbres géants. La légende voulait qu’une forêt d’arbres gigantesques, qui étaient à l’origine des vents de la Terre, suivait le désert de Thar et que derrière celle-ci se trouvait un éden prisé par les voyageurs de l’Ouest lointain. Si cette légende disait vrai, cela ne pouvait qu’être l’endroit du vieil homme. Lui aussi, dit-il, avait été approché par un homme mystérieux et depuis il cherchait à l’aveuglette un endroit incertain. Juste avant de se quitter pour aller se coucher nous décidâmes d’unir nos forces et de fouiller ensemble le désert. Le lendemain, accompagnés d’un homme du désert, nous partîmes motivés pour le dernier droit de notre quête…  


Quelques jours s’étaient écoulés depuis notre départ de Jaisalmer. Nous nous sentions comme dans un énorme sablier. Sur notre chemin, nous croisions parfois des résidus de villages fantômes soufflés par les arbres géants. Seuls des artéfacts d’habitations témoignaient de cette force. Nous devions forcément s’approcher alors.

Et puis vint le moment où tout se ressemblait, on ne savait plus où aller. Notre homme du désert disait de continuer devant. Cyril proposa la droite. Je suggérai l’autre droite. On était perdu et je déteste me sentir perdu. Où sont les stations service quand on a besoin d’elles ? Je montai en amont sur une dune pour me repérer. Que du néant à perte de vue. Soudain me parvint une idée ! Si nous étions à la recherche de cette foutue forêt des vents… pourquoi ne pas se digérer à sens contraire des vents ? Nous établîmes le campement sur cette même dune pour y passer la nuit. Le spectacle que nous offrit le ciel en cette noirceur totale restera gravé dans nos mémoires à jamais. Les étoiles, la lune, les constellations et même la ceinture d’astéroïdes nous chantèrent des comptines pour nous endormir. 
  
    
Sitôt le soleil levé, avec le consentement du groupe, nous reprîmes la route à sens contraire des vents. À un moment donné, Anik lâcha un cri de stupéfaction. Son chameau venait de se figer, la laissant ainsi derrière nous. Elle réalisa qu’elle était sous l’emprise de sables mouvants qui dévoraient sa bête rapidement. Malheur ! Nous étions trop loin pour réagir subitement. Prenant son courage à deux mains, Poutinette sauta hors de sa monture à l’écart des sables affamés. Elle agrippa les rennes de sa bête et commença à tirer comme s’il s’agissait de sa propre vie. Son chameau qui en était rendu à l’abdomen laissait échapper des cris de désespoir. Tout semblait perdu. Nous regardions la scène impuissant. Anik rageant, une force invisible sembla tirer avec elle, car les genoux de l’animal réapparaissaient tranquillement. Puis les jambes entières et une patte toucha le sol ferme pour en sortir au grand complet. Elle venait de sauver son chameau ! Soulagée, notre expédition s’arrêta à l’ombre pour prendre une gorgée d’eau pleinement méritée. Cyril profita du moment et sorti sa cruche de whiskey pour boire à cette aventure et ainsi détendre l’atmosphère.

Deux jours s’étaient écoulés depuis l’incident des sables mouvants. Mon intuition par rapport aux vents semblait porter fruit, car la ligne d’horizon laissait apparaître des silhouettes verticales au feuillage tourbillonnant. C’était, de loin, les arbres les plus étranges que nous aillons vus auparavant. Cela ne pouvait être que les arbres avancés par la légende, car des bourrasses soudaines nous obligèrent à nous agripper à nos montures pour ne pas partir au gré des vents. Quelques kilomètres à peine devaient nous séparer de notre paradis.

Après quelques heures, nous arrivâmes à une frontière clairement définie par une jungle dense qui contrastait avec le désert de Thar. Le sable jaune sec se coupait d’une végétation verte humide. C’était surréaliste. Après toutes ces épreuves, qu’est-ce qui pouvait désormais nous surprendre, pensai-je ! Cyril, soucieux et impatient de découvrir si les dires du vieux ''fou'' se réaliseraient, fut le premier à s’aventurer. Nous suivîmes ses pas. La végétation arrivait de partout. Des racines sortaient du sol et d’autres semblaient tomber du ciel. À coups de machette, chacun se frayait un chemin du mieux qu’il  pouvait à travers la jungle. À la différence des autres jungles visitées antérieurement durant notre voyage, celle-ci était silencieuse. Quand soudain Cyril s’arrêta subitement n’ayant plus rien à abattre. Il sembla se figer. Arrivés à ses côtés, la mâchoire nous tomba. Nous étions subjugués. C’était la plus belle chose que nous n’ayons jamais vue. Les battements de mon cœur s’accéléraient. Voilà pourquoi on voyageait depuis tout ce temps. Notre illuminé disait vrai ! Ce paradis ressemblait à… ce que vous pouvez imaginer de mieux.

Vous qui nous lisez depuis plus d’un an maintenant, vous avez sûrement un endroit fait sur mesure pour vous, ce qui vous satisferait le plus. Imaginez-le. Voyez-le. Sentez-le. Voici où nous étions tout ce temps…  

Voilà pour notre safari du désert. Maintenant vous savez ce qu’il s’est réellement passé… dans ma tête.

Magiquement,
Anik et Mathieu

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mercredi 11 janvier 2012

De poutines à sardines

Darjeeling, West Bengale, Nord-est de l’Inde
Après notre première semaine à vélo, on a atteint notre premier objectif : le pied de l’Himalaya. Ici, à Darjeeling, à environ une centaine de kilomètres du Népal, du Bhoutan et du Tibet, c’est l’hiver (comme vous mes amis) et on se les gèle !!
Cette petite ville coloniale anglaise de 109 000 habitants (les petites villes n’existent pas en Inde…) est construite à 2135 mètres d’altitude sur les deux versants abruptes d’une montagne. On oublie rapidement le froid, car les paysages sont superbes. Charmants. Magnifiques. À couper le souffle! Les velours verts des plantations de thé font la guerre aux sommets blancs enneigés Himalayens. La bataille est spectaculaire. Quelques singes dodus courageux peuplent les arbres gigantesques des montagnes. 
Enchantés par la brume montagneuse, les gongs des Gompas (temples bouddhistes) résonnent dans les vallées. La cacophonie poussiéreuse propre à l’Inde est restée au niveau de la mer pour faire place à l’air pur et au calme. Après le Bangladesh à pied et cette semaine à vélo en Inde, on en avait grandement besoin pour rincer nos poumons. 
 
Les influences Tibétaines et Népalaises se font facilement sentir. Les habitants aux visages larges et aux yeux bridés ont une peau de cuir durcie par l’altitude et le froid. Les drapeaux multicolores imprimés de prières bouddhistes battants au vent sont les seuls à ne pas être figés par le froid.
Nous, on loge dans le grenier d’une sympathique petite famille pour la modique somme de 4$ la nuit. C’est superbement rudimentaire. Des chandelles pour parer aux multiples pannes de courant, des tonnes de couvertures pour compenser l’absence de chauffage et des sots d’eau bouillie par le feu en guise de douche chaude. Disons que c’est sans difficulté que l’on déconnecte de ''notre'' monde. Par la fenêtre, on aperçoit le troisième plus haut sommet du monde, le Lhotse (8501m). 






Des vieillards, dégustant leur chaï (thé) sur un banc de bois, nous disaient que quand la brume, maîtresse des montagnes, se sent clémente, elle laisse parfois percevoir l’Everest, là où le soleil se couche. Je sais que je me répète, mais (désolé pour les oreilles sensibles!) host%# de cali%#$ que c’est beau. Je vous laisse juger par vous-même…
 
Par contre, ce moment zen montagneux fut précédé d’un moment de vélo assez fort intense en adrénaline.
C’était par un petit matin frais que l’on appréhendait la dernière journée de notre première étape. Le genre de matinée où tu peux passer cinq minutes devant tes shorts et tes pantalons sans vraiment savoir lequel serait idéal pour la température; le genre de matin que tu te reprends à deux ou trois reprises pour vérifier si c’est vraiment de la steam qui sort de ta bouche ou même le genre de matin que… En tout cas, vous avez compris là! La veille, par mesure de précaution, j’avais demandé à un vieillard si c’était réaliste d’affronter ce parcours abrupt. Sa réponse; un hochement de tête gauche droite tel un bubble head. Ces Indiens ont se dandinement de tête qui vous laisse toujours perplexe. Voulait-il dire oui… peut-être… ou non, gang de malade?!
Le lendemain, gonflé à bloc, on prend la réponse qui nous convient et on part.
Après deux heures et seulement 15 kilomètres de faits, on saisit son dandinement… Maudit dandinement. On avait oublié que dans le mot Himalaya, il y avait le mot… Himalaya! On avance lentement et difficilement sur les routes en serpentins, mais le spectacle des montagnes en vaut la peine et la motivation tient la route.
Jusqu’à ce que cette charmante paysanne ait pitié de nous et nous informe que :
- Youbadi bada acha belle route d’asphalte… Takalidadi bacha   tremblement de terre dayadi baboum!!! Teli kachaya capoute la route…
- On fait quoi nous autres d’abord ?! dit Anik.
- Dagadi vieille route secondaire, achapi badi laki… Hahahaha !!! s’esclaffe-t-elle en dandinant de la tête. 
Ça fait cinq minutes que l’on escalade la route à côté de nos vélos sans même donner un coup de pédale. On s’ennuie vite de la belle chaussée asphaltée. Il faut se rendre à l’évidence, ce chemin de merde n’est aucunement cyclable! Il va falloir prendre un des nombreux jeeps qui circulent depuis ce matin.
Un jeep s'arrête. Le conducteur a pitié de nous, mais nous fait signe qu’il est plein. Croyez-moi il est plein! On n’a pas le temps de compter, mais à voir les visages écrasés dans les fenêtres, on le croit. Il repart désolé et s’immobilise à peine dix mètres plus loin. Un passager descend et nous invite finalement à embarquer. Abasourdi et hésitant à la fois, on saisi… la chance. Sans avoir le temps de les remercier. Vlim! Vlam! Bing! Bang! Nos vélos et nos bagages sont déjà sur le toit du véhicule. Ça, c’est la magie indienne mes amis… Il n’y a pas moyen d’essayer de les aider à placer NOS vélos sur le toit.
- No, no, no my friends, you are my guests!
Assis dans le… non! Compressés dans le jeep, je prends le temps de compter les sardines. 1… 2… 3… 8… 11… 13… 14 passagers. Je le jure sur la tête de Paul Houde, quatorze passagers!!! Poutinette et moi sommes empoutinés à l’arrière du jeep avec trois autres sardines. On passe d’inconnus à vraiment proche. Un bébé est assis sur les genoux de sa petite sœur qui elle est assise sur ceux de sa mère. Pis encore, (je le jure sur la tête de Stephen Harper…) un grand-père semi lucide est allongé sur les genoux de tout le monde. Le conducteur, lui, a la fesse droite dans le vide entre la portière et sa banquette. Il doit ouvrir sa fenêtre pour sortir son épaule et son bras qui tient le volant.
Route détruite par le temps, véhicules venants à sens contraire sur une voie simple, tournants serrés à flan de falaises et sans parler de la vitesse. Le type de conditions où j’aurais baissé le volume de la radio et crié à mes passagers : ''Shut! Je dois me concentrer…'', mais pas en Inde. Aucunement stressé, le chauffeur est au cellulaire et demande au gamin qui a le bras de vitesse dans l’entrejambe de changer les vitesses. Ce fut comme ça pendant trois heures et demie.  
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Morale de l’histoire. La prochaine fois qu'on ouvrira une boîte de sardines, on sera beaucoup plus compatissant…
Anik et Mathieu